FLEUR DE PERLES

Une "parisienne" au Chili

30 octobre 2006

ANECDOTES - MENDOZA, ARGENTINE

Pour un étranger qui veut passer quelques temps au Chili, il n’y a pas de procédure particulière, juste rentre dans le pays avec son passeport. L’étranger a donc un visa touriste qui a une durée de trois mois. L’étudiant doit avoir un visa étudiant, et le travailleur un visa et un permis de travail. Facile. Pas tant.

Jules et moi nous avons une copine qui n’a pas pu avoir son visa étudiant avant de partir, elle savait depuis janvier que son dossier était accepté, mais elle a reçu la confirmation de son inscription la veille de son départ. Trop tard pour faire les demandes nécessaires. Elle a donc fait ce que les étudiants étrangers font quand ils n’ont pas eu les papiers nécessaires pour rentrer au Chili : elle est entrée dans le pays comme une touriste. D’autant que pour avoir une « prolongation » du visa, il suffit de sortir du pays, puis re-rentrer. La frontière argentine n’est pas loin, Mendoza, la première grande ville après la frontière est à exactement 341 km. Ici, on appelle ça : « faire la frontière ». C’est très courant. Et illégal.

Le visa de Claire, notre copine étudiante, était sur le point d’expirer, elle nous a demandé si on voulait venir avec elle à Mendoza pour qu’elle puisse « faire la frontière ». On s’y est pris au dernier moment, mais nous étions fin prêt quand il a fallu partir le samedi à 8 heures 30. La voiture était louée. Les chambres étaient réservées. Claire était là depuis longtemps. Il ne manquait plus que Juan, le quatrième de la bande. Nous l’avons attendu et attendu, á force de coup de téléphone, nous avons réussi à le réveiller. Quand enfin il est entré dans la voiture, Jules, Claire et moi, nous avons ouvert les fenêtres. Juan avait fait la fête toute la nuit, et nous avions les odeurs qui allaient avec.

C’était la grande crise de rire. On aurait dit une belle bande d’adolescents. Nous sommes partis, enchantés par la perspective du voyage qui nous attendait, au sortir de Santiago, les paysages étaient déjà splendides, tout était parfait.

Nous arrivons à la frontière, arrogants comme de bons touristes, passeports, permis, papiers de la voiture ne poche.

L’employé du poste frontière nous dit que nous pouvons passé mais pas la voiture. « Pardon ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »

Nous aurions du savoir que tout acte doit avoir le papier qui correspond. Pour sortir un voiture du pays, il faut : les papiers de la voiture, son permis de circulation, la dernière révision technique, quand c’est une voiture de location, il faut un acte notarial spécifiant que la société a donné son accord pour que l’on sorte la voiture du pays, et depuis peu, il faut également une assurance responsabilité civile internationale.

Nous avons dit à Claire d’aller faire tamponner son passeport. Entre temps, nous tentions de trouver une solution. Nous avons appelé l’agence de location, qui nous a confirmé qu’on ne pouvait pas sortir la voiture du territoire, qu’on ne pouvait rien faire. Nous avons essayé de séduire, de menacer (pas de soudoyer, sinon, c’est la taule directe). Rien à faire.

Puis Claire est revenue. Accompagnée d’un agent de la frontière.
Il nous a expliqué que ce que Claire était en train de faire était illégal. Il a expliqué pendant longtemps beaucoup de choses, je n’ai pas tout compris, bref…
Finalement il nous a conseillé de laisser la voiture à la frontière, de prendre le bus et d’aller à Mendoza, il nous a expliqué que Jules, Juan et moi nous étions certains de repasser la frontière mais que Claire, ce n’était pas certain qu’elle puisse de nouveau revenir au Chili : elle était à présent repérée.

Nous avons décidé de tenter le coup. Claire avait la trouille de ne pas pouvoir rentrer à nouveau, mais il lui fallait son tampon.

L’agent de la frontière a ensuite été génial, il nous a arrêté un bus qui allait sur Mendoza.

Nous avions décidé de faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Finalement, nous étions tous hilares. Nous avons mis beaucoup de temps à passer la frontière, environ deux heures, il y avait beaucoup de bus, et les procédures sont longues.

Nous sommes arrivés à Mendoza, complètement lessivés, il était 17 heures.

Nous avons réservé des places dans le bus pour le lendemain, ce qui fut une bonne idée, puisque sur toutes les compagnies de bus existantes, ils ne restaient plus que quatre places. Départ, le lendemain à 14 heures 30. Adieu rafting, adieu promenade à cheval. Adieu toutes les réjouissances que nous avions prévues.

Et en plus de ça, l’hôtel fut un désastre. En fait ce n’était pas un hôtel mais une sorte de Bed and Breakfast. Les meilleurs étaient pleins depuis un bout de temps. Il ne restait plus grand-chose, nous avons pris ce qu’il restait. Ce Bed and Breakfast, dont les photos sur le net étaient prometteuses. Jules et moi avions une chambre matrimoniale avec douche. Et pour Claire et Juan, des lits dans une chambre pour six personnes.
La chambre matrimoniale était minuscule et il y avait longtemps qu’elle n’avait pas était aérée. Il n’y avait pas de douche, contrairement à ce qu’ils avaient promis lors de la réservation. Douche commune pour tout le monde. Pas de serviette de bain.
Ce n’était plus la peine de s’énerver. De toute façon le week-end était foutu.
Chacun a pris sa douche et nous sommes allés dîner.
Là encore ce fut compliqué. On avait recommandé à Claire un resto pas cher, à volonté, avec la meilleure viande de l’Argentine. On ne l’a jamais trouvé.
De fait… direction la rue des restos, la rue des touristes.
Nous avons pris le meilleur des restaurants de la rue. Nous nous sommes remplis la panse comme jamais. Nous avons fait tous les abus possibles.
On devait sortir, mais Claire était sur les rotules. Et moi, moi ? J’étais fiévreuse.
Direction hôtel pourri pour Claire et moi.
Les garçons sont allés faire la fête.

La nuit de l’horreur. Cette nuit là je n’ai pas pu dormir malgré ma fièvre, j’entendais tout ce qu’il se passait dans ce foutu hôtel. Quand les clients allaient aux toilettes. Quand ils rentraient complètement ivres, quand ils vomissaient, quand ils baisaient.
Et Jules qui ne rentraient pas, comme à son habitude. Faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Jusqu’au milieu du jour si possible.
Bon, je passe les détails, on s’est évidemment disputés quand il est rentré.

Et puis nous avons un peu dormi, puis il était déjà temps de déjeuner avant de prendre le bus.
Comme rien n’était simple ce week-end là, il fut compliqué de payer le restaurant, nous avons failli manquer le bus.

Dans le bus, nous riions de tout ce qui c’était passé. Nous nous demandions si Claire aurait son tampon, si elle passerait la frontière. Nous nous demandions si nous retrouverions la voiture à la frontière.

Arrivés à la frontière, c´était l’embouteillage, bus, camions, voitures. Il y en avait pour des heures d’attente. Juan est allé voir l’agent de frontière qui nous avait arrêté un bus la veille. Il lui a confirmé qu’on en avait pour au moins deux heures d’attente.

Il fallait passer le temps, nous avons acheté un jeu de cartes à l’épicerie du coin et nous avons joué au paquet de merde… Comme lorsque nous étions ado.

Au bout de deux heures, nous avons passé la frontière, Claire n’a pas eu de problème. Et Puis nous sommes remontés dans le bus, derniers contrôles, tout allait bien qui finissait bien. Enfin presque. Nous nous demandions encore si la voiture était encore là. Le bus nous a déposé devant. C’était le bonheur. Nous avons couru dans le pick-up. La porte n’avait pas été fermée à clé. La voiture était restée ouverte, tout ce temps, et nous l’avions quand même retrouvée. Je ne vous dis même pas dans quelle euphorie nous étions. Cette fois tout allait bien qui finissait bien.

Nous sommes rentrés arrivés à Santiago vers 22 heures 30, sans avoir vraiment vu ce à quoi l’Argentine pouvait ressembler.